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Déposer un dossier de surendettement : étapes et conséquences

En agence, j'ai accompagné des clients qui n'osaient plus ouvrir leur courrier. Voici, étape par étape, comment se monte un dossier de surendettement et ce qu'il change vraiment.

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Déposer un dossier de surendettement : étapes et conséquences
Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager. Cet article a une visée informative et pédagogique : il ne constitue pas un conseil financier personnalisé.

Pendant 13 ans derrière un bureau d’agence, j’ai vu arriver des dossiers de toutes les couleurs. Mais le plus dur, ce n’était jamais le client qui négociait son taux. C’était celui qui s’asseyait en serrant une enveloppe pleine de relances, persuadé d’être le seul au monde dans cette situation. Je lui répondais souvent la même chose : le surendettement n’est pas une faute, c’est une procédure, encadrée et gratuite. Déposer un dossier à la Banque de France n’a rien d’infamant. C’est même, dans bien des cas, la seule porte de sortie réaliste. Encore faut-il savoir ce qu’on déclenche en franchissant cette porte.

À quoi sert la commission de surendettement

La procédure de surendettement est un service public, mis en œuvre par la Banque de France, destiné aux personnes qui, malgré leurs efforts, ne parviennent plus à honorer leurs dettes. Au cœur du dispositif se trouve la commission de surendettement. C’est elle qui examine votre dossier, juge de sa recevabilité, puis cherche une solution adaptée à votre situation réelle.

J’insiste sur un point que beaucoup de gens ignorent : tout est gratuit. Le dépôt, l’examen, les mesures qui en découlent ne vous coûtent rien. Aucun intermédiaire payant n’est nécessaire pour monter un dossier. Quand un cabinet vous propose de « régler votre surendettement » contre des honoraires, méfiez-vous, vous payez quelque chose que l’État offre.

Êtes-vous concerné ?

La commission ne dit pas oui à tout le monde, mais le filtre est moins sévère qu’on ne l’imagine. Pour déposer, il faut remplir 4 conditions cumulatives selon service-public.fr : être une personne physique (un particulier, pas une entreprise), être de nationalité française quel que soit votre lieu de résidence ou étranger résidant en France, être dans l’impossibilité manifeste de faire face à vos dettes non professionnelles, et être de bonne foi.

Cette notion de bonne foi mérite qu’on s’y arrête. Être de bonne foi signifie ne pas avoir volontairement organisé son insolvabilité, par exemple en s’endettant en sachant pertinemment qu’on ne rembourserait jamais. Dans la pratique, l’écrasante majorité des dossiers passent ce cap : ces dernières années, environ 95 % des dossiers déposés ont été déclarés recevables par les commissions, d’après la Banque de France. La personne qui a perdu son emploi, divorcé, ou enchaîné les crédits pour boucler les fins de mois entre largement dans le cadre.

Toutes les dettes ne sont pas concernées, en revanche. Sont prises en compte les dettes bancaires, les crédits à la consommation, les arriérés de loyer, les factures impayées d’énergie ou les dettes contractées comme caution. Sont en revanche exclues, selon service-public.fr, les pensions alimentaires, les amendes pénales, les dettes issues d’une fraude aux organismes sociaux et les dettes envers des créanciers étrangers.

Ce que doit contenir votre dossier

Un dossier incomplet, c’est du temps perdu. J’ai trop vu de clients renvoyés à la case départ faute d’une pièce. Concrètement, le dossier repose sur le formulaire Cerfa n° 13594, accompagné des photocopies justifiant votre identité, vos revenus, vos charges, vos dettes et votre patrimoine. Il faut y joindre une lettre signée qui explique votre situation et signale les éventuelles saisies ou procédures d’expulsion en cours.

Le dossier se dépose auprès de la Banque de France, soit en ligne via votre espace particulier, soit par courrier à l’adresse dédiée (Banque de France, TSA 41217, 75035 PARIS CEDEX 01). Vous recevez ensuite une attestation de dépôt dans un délai de 2 jours ouvrés. Mon conseil de terrain : faites des copies de tout avant d’envoyer, et listez vos dettes de façon exhaustive, même celles que vous avez honte de mentionner. La commission ne peut traiter que ce qu’elle voit.

Avant même de déposer, prenez le temps de regarder froidement vos chiffres. Comprendre votre taux d’endettement réel et comment le calculer vous aidera à présenter une situation claire, et parfois à mesurer s’il existe d’autres leviers.

Le délai d’examen

Une fois le dossier complet déposé, la commission dispose de 3 mois pour se prononcer sur sa recevabilité, selon service-public.fr. Dans les faits, le traitement complet d’un dossier prend généralement entre 4 et 6 mois selon sa complexité, d’après la Banque de France.

Si votre dossier est jugé irrecevable, tout n’est pas perdu : vous pouvez contester cette décision dans un délai de 15 jours en écrivant à la Banque de France. Ne laissez jamais passer ce délai. J’ai connu des situations où un complément d’information suffisait à renverser un premier refus.

Ce que change concrètement la recevabilité de votre dossier

C’est ici que la procédure prend tout son sens, et c’est ce que je tenais à expliquer en priorité à mes clients. Dès le dépôt, vous êtes inscrit au Fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers, le FICP. J’y reviens plus bas, car cette inscription est la principale contrepartie.

En contrepartie, la procédure vous protège. Vous pouvez demander la suspension des procédures engagées contre vous, comme une saisie sur vos biens ou vos revenus. Le cas échéant, la commission transmet cette demande au juge. Concrètement, pendant toute la durée du traitement de votre dossier, vous restez protégé des poursuites de vos créanciers, selon la Banque de France.

Autre effet majeur, et trop méconnu : le taux d’intérêt des sommes dues est ramené au taux d’intérêt légal pendant les 3 mois qui suivent, sauf décision contraire de la commission ou du juge, d’après service-public.fr. Pour quelqu’un qui croule sous des crédits renouvelables à 18 ou 20 %, ce simple gel arrête l’hémorragie. La dette cesse de gonfler pendant qu’on cherche une solution.

Attention cependant, recevabilité ne veut pas dire vacances. Vous restez tenu de régler vos charges courantes et il vous est interdit de souscrire de nouveaux emprunts pendant la procédure. La logique est saine : on ne creuse pas le trou pendant qu’on tente de le combler.

Les mesures possibles, du plan amiable à l’effacement pur et simple des dettes

Une fois le dossier recevable, la commission évalue votre capacité de remboursement, c’est-à-dire ce que vous pouvez raisonnablement payer chaque mois une fois vos charges incompressibles couvertes. La suite dépend de cette capacité.

Si vos dettes sont remboursables, la commission cherche d’abord un accord amiable avec vos créanciers : c’est le plan conventionnel de redressement. Rééchelonnement, report, parfois effacement partiel d’intérêts y sont négociés. Si cet accord échoue, la commission peut imposer ou recommander des mesures. La durée totale des mesures ne peut dépasser 7 ans, sauf cas particuliers, en particulier lorsqu’il s’agit de rembourser un prêt sur la résidence principale pour en éviter la vente, selon service-public.fr.

Si vos dettes sont au contraire manifestement irrémédiables, la commission peut orienter vers une procédure de rétablissement personnel. Sans liquidation judiciaire, elle consiste à effacer les dettes sans vendre vos biens. Avec liquidation judiciaire, elle efface les dettes après la vente de certains de vos biens, d’après service-public.fr. C’est la solution de dernier recours, mais elle existe : pour la personne qui n’a objectivement aucun moyen de rembourser, l’ardoise peut être effacée.

Selon votre profil, un rachat ou regroupement de crédits peut parfois être étudié en amont d’un dépôt. Mais soyons clairs : une fois la spirale enclenchée, c’est souvent la commission qui offre les leviers les plus puissants, parce qu’elle peut imposer aux créanciers ce qu’aucune négociation individuelle n’obtiendrait.

Le fichage au FICP

Parlons franchement de la contrepartie. Être au FICP signifie que votre situation est visible des établissements de crédit, et que vous aurez le plus grand mal à obtenir un nouveau prêt pendant l’inscription. Beaucoup de mes clients redoutaient ce fichage plus que tout. Je leur disais : ce n’est pas une punition, c’est un garde-fou qui vous protège aussi de vous-même.

Les durées sont précises. En cas de plan conventionnel ou de mesures imposées, vous restez inscrit au FICP pour une durée maximale de 7 ans. Si aucun incident de paiement ne survient pendant les 5 premières années d’exécution de la mesure, l’inscription est radiée par anticipation au bout de 5 ans, selon service-public.fr. En cas de rétablissement personnel, avec ou sans liquidation judiciaire, la durée d’inscription est fixée à 5 ans à compter de la clôture de la procédure.

Sept ans peut paraître long. Mais comparé à des années passées à colmater les brèches avec de nouveaux crédits, beaucoup de gens que j’ai accompagnés ont décrit l’inscription comme un soulagement plus qu’un fardeau. Ils ne recevaient plus d’offres de crédit, et c’était précisément ce dont ils avaient besoin.

Mon mot d’ancien banquier

Je ne romance pas la procédure : déposer un dossier de surendettement, c’est reconnaître qu’on a perdu pied, et personne n’arrive là le sourire aux lèvres. Mais après treize ans en agence, ma conviction est nette. Le vrai danger, ce n’est pas le dépôt. C’est l’attente, les mois passés à cacher la vérité, à payer un crédit avec un autre. Le jour où mes clients franchissaient le pas, ils retrouvaient quelque chose qu’ils avaient perdu depuis longtemps : un horizon. La procédure est gratuite, encadrée par la loi, et conçue pour vous laisser de quoi vivre. Si vous lisez ces lignes en serrant une enveloppe de relances, c’est peut-être à vous que je m’adresse.

Oui, intégralement. La procédure est un service public mis en œuvre par la Banque de France, gratuit du dépôt à la mise en place des mesures, selon la Banque de France. Aucun intermédiaire payant n’est nécessaire pour constituer votre dossier. Méfiez-vous des cabinets qui facturent des honoraires pour « régler » un surendettement : ils monnaient une démarche que vous pouvez accomplir gratuitement vous-même.
La commission dispose de 3 mois à compter du dépôt d’un dossier complet pour se prononcer sur sa recevabilité, d’après service-public.fr. Le traitement complet jusqu’aux mesures prend généralement entre 4 et 6 mois selon la complexité du dossier, selon la Banque de France. Pendant toute cette période, vous restez protégé des poursuites de vos créanciers.
Non, et c’est l’un des grands effets de la recevabilité. Le taux d’intérêt des sommes dues est ramené au taux d’intérêt légal pendant les 3 mois qui suivent, sauf décision contraire de la commission ou du juge, selon service-public.fr. Vous pouvez aussi demander la suspension des saisies engagées contre vous. En revanche, vous restez tenu de payer vos charges courantes.
Cela dépend de la mesure retenue. Pour un plan conventionnel ou des mesures imposées, l’inscription dure au maximum 7 ans, avec une radiation anticipée à 5 ans si aucun incident ne survient, selon service-public.fr. Pour un rétablissement personnel, avec ou sans liquidation judiciaire, l’inscription est de 5 ans à compter de la clôture de la procédure.
Nicolas Béchard

Écrit par

Nicolas Béchard

Ancien conseiller bancaire pendant 13 ans, Nicolas accompagne désormais les particuliers dans la gestion de leur budget et de leurs crédits. Il explique sans jargon ce que les banques expliquent mal — pour décider en connaissance de cause.